Néolibéralisme, mondialisation, social-démocratie, État-providence.
La nouvelle décennie s’est ouverte sur une triple crise, qui affecte directement l’avenir des politiques sociales dans les pays du Nord comme du Sud : crise du néolibéralisme, de la mondialisation et de la social-démocratie.
Le néolibéralisme, triomphant pendant la seconde moitié des années 1990, a vu son élan s’interrompre lors des chutes boursières du tournant du siècle. Le « modèle néolibéral » est encore largement dominant, comme en font foi l’énergie avec laquelle l’administration Bush fait adopter des réformes fiscales que jamais Ronald Reagan n’aurait osé imaginer et l’ardeur avec laquelle les conservateurs français, avec plus de doigté, remettent en cause plusieurs des avancées sociales introduites par les socialistes qui les avaient précédés au pouvoir. Le doute ne s’est pas moins infiltré, aux États-Unis et ailleurs, sur la capacité de ce modèle de garantir une croissance et une qualité de vie durables, dans les pays directement concernés comme au niveau global.
Presque simultanément la crise argentine, en 2000, a donné le signal d’un réel désenchantement face aux promesses de la globalisation libérale. En cause : l’incapacité du système financier international d’éviter une grave crise dans un pays qui s’était pourtant soumis aux prescriptions de ce qu’il est convenu d’appeler le « consensus de Washington » sur les réformes libérales à introduire pour assurer la croissance.
Le retour dans l’opposition depuis 2001 de plusieurs gouvernements de centre-gauche en Europe (en France, au Danemark, en Italie notamment), la victoire à l’arraché de la coalition gauche/verts allemande puis sa défaite en 2005 et la chute de popularité des démocrates étasuniens (vainqueurs du suffrage universel lors de la présidentielle de 2000 mais grands perdants lors des législatives de 2002), plongent le mouvement social-démocrate dans une crise. La réélection facile des sociaux-démocrates suédois et la domination politique maintenue par le New Labour de Tony Blair au Royaume-Uni apparaissent dans ce contexte comme des cas d’espèce démontrant une grande capacité d’adaptation, plutôt que des signes avant-coureurs d’un retour de balancier. Toute la gauche se tourne plutôt vers le Sud et le président brésilien, Lula, pour un souffle de renouveau.
Dans ce grand maelström politique, l’État-providence est ballotté entre les contraintes du marché et les impératifs « d’employabilité » et les volontés de faire baisser les niveaux de pauvreté, notamment infantile. Une refondation du contrat social est en cours.
Il serait illusoire de prétendre couvrir ici tous ces débats de façon exhaustive. Dans plusieurs des pages par pays, nous tentons de faire état des textes importants qui posent des questions centrales sur les « modèles » : étasunien, suédois, allemand, québécois. Dans le cas de la France, par exemple, nous évoquons les contributions qui jalonnent le débat au sein du Parti socialiste.
Dans cette page thème, nous ne pourrons résister à la tentation d’offrir un certain nombre de textes qui embrassent plus large encore, qui nous semblent intéressants, pénétrants, éclairants, surprenants.