Le modèle suédois a la cote. A en croire Thomas Steinfeld, le rédacteur en chef culturel du Süddeutsche Zeitung, « jamais les pays scandinaves, et surtout la Suède, n’ont fait l’objet de tant d’admiration en Allemagne qu’aujourd’hui ». « La société la plus réussie que l’histoire ait jamais connue », renchérit Polly Toynbee dans The Guardian (25 octobre 2005), au milieu d’un long reportage sur les performances économiques et la politique sociale des pays scandinaves. Ce ton admiratif est plus audible encore en France où le débat sur les défaillances du modèle social pousse de nombreux experts à s’inspirer des pays du Nord. On l’entend surtout parmi les représentants de la gauche réformiste qui, désemparée par l’ampleur des problèmes mais refusant les recettes libérales, tourne le regard vers le Nord comme vers une bouée de secours. Comme le note Håkan A. Bengtsson dans l’article qui ouvre le présent dossier, ce n’est pas la première fois que la Suède est montrée en exemple ; les historiens de demain sauront sans doute mieux expliquer les va-et-vient de ces modes qui scandent régulièrement l’histoire du XXe siècle, et ce qu’elles révèlent des transformations culturelles de la gauche européenne.
Consulter en ligne