Jean-Olivier Hairault, François Langot et Thepthida Sopraseuth, CEPREMAP, 172 pages.
Le système français incite aujourd’hui encore fortement à ne pas reporter son départ à la retraite sitôt atteint le taux plein. Il impose en effet une forte taxe à la prolongation d’activité qui correspond à des cotisations supplémentaires (taxe explicite) et à des années en moins de versement de la pension (taxe implicite), avec pour conséquence une retraite qui ne peut être véritablement choisie. Les chercheurs du CEPREMAP plaident pour la disparition de cette taxe à la prolongation d’activité, afin d’augmenter le taux d’emploi des 60-65 ans, mais également, de façon plus indirecte, celui des quinquagénaires en retardant les effets de bord sur le marché du travail qui pénalisent l’emploi de la génération la plus proche de la retraite. Si le rendement des politiques d’incitation des individus à retarder leur départ à la retraite peut être important, encore faut-il choisir les bons instruments et cibler les bons objectifs, adaptés à la situation française, note le document de travail. À cet égard, la surcote actuarielle limite intrinsèquement son efficacité : l’existence d’une forte hétérogénéité d’espérance de vie fait peser un risque d’antisélection que le système de retraite par répartition n’est pas en mesure de bien gérer. Les chercheurs proposent de la remplacer par une surcote en capital qui consiste à restituer sous forme d’un capital (et non d’une rente) le montant des sommes dont profitent les caisses de retraite du fait de la prolongation d’activité. Une mesure qui n’implique aucun coût, même transitoire, et qui permettrait de ne pas pénaliser les travailleurs dont l’espérance de vie est la plus faible. L’étude propose également une plus grande liberté dans le cumul emploi-retraite, passant par l’autorisation de la poursuite d’activité au sein de la même entreprise, sans rupture de contrat et par une suppression des plafonds de cumul. Enfin, les chercheurs soulignent que la politique d’incitation actuelle n’est pas ciblée exclusivement sur l’objectif d’emploi. Elle souhaite aussi maintenir une taxe permettant de contribuer à la viabilité financière du système de retraite. Tant que l’emploi des seniors est en panne, l’urgence est de pousser au report d’activité, et non de constituer des surplus budgétaires, écrivent les chercheurs. Ainsi, une réforme des retraites qui introduirait de fortes incitations à travailler plus longtemps produirait un double dividende. Elle inciterait à travailler au-delà de l’âge du taux plein, tout en fournissant un puissant mécanisme pour stimuler l’emploi avant cet âge.
Télécharger le document PDF 580.3 ko