Niveau et impact de la pauvreté. En Argentine, comme ailleurs en Amérique latine, les politiques de lutte contre la pauvreté des années 1990 visaient à minimiser les impacts sociaux des chocs économiques appliqués afin de restructurer l’économie. Ces politiques se sont avérées complètement inefficaces pour contrer l’augmentation du chômage et de la précarité de l’emploi qu’ont provoquée les réformes néolibérales adoptées par le gouvernement de Menem. Les compressions budgétaires visant les programmes sociaux n’ont qu’empiré cette situation. Selon l’INDEC, en octobre 2002, 57,5 % de la population argentine vivait sous le seuil de la pauvreté ; de ce 57,5 %, presque la moitié (27,5 %) vivait dans l’indigence.
En 1990, 21,2% de la population argentine vivait en dessous du seuil de pauvreté et 5,2% était dans l’indigence. En 1997, les chiffres sont descendus respectivement à 17,8% et 4,8%. Le taux de pauvreté a ensuite doublé en passant, de 1999 à 2002, 19,7% à 57,5%, ce qui signifie 13 870 000 personnes en dessous du seuil de pauvreté. Selon l’INDEC, presque la moitié de ce 57,5 %(27,5 %) vivait dans l’indigence.
Après les années de la crise, les indices de pauvreté et d’indigence ont de nouveau diminué. En 2004, les chiffres sont de 44,3% pour la population vivant en dessous du seuil de pauvreté et 17% dans l’indigence . Bien qu’il faille reconnaître l’amélioration des conditions après la grande crise, ces chiffres ne sont pas nécessairement très précis puisqu’ils ne tiennent pas compte des personnes au chômage qui recoivent des aides gouvernamentales.
L’écart entre les foyers les plus riches et les plus pauvres est de plus en plus grand. En 1991 les plus riches gagnaient 16 fois plus que les plus pauvres, en 1994 18 fois plus, en 1995 19 fois plus, en 1999 20 fois plus, en 2002 24 fois plus et en 2003 31 fois plus. Aussi, la croissance économique plus récente ne correspond pas à une meilleure distribution de la richesse . En 2004, les 15,3 % les plus pauvres de la population recevaient 2,3 % du revenu national tandis que les 6,3 % les plus riches en recevaient 29,6 % .
Initiatives visant à réduire le taux de pauvreté. En plus du Programme Jefes y Jefas del Hogar, le gouvernement de Kirchner a trois programmes principaux destinés à atteindre l’équité : un pour la sécurité alimentaire, le « El hambre mas urgente » ; un autre pour la création de projets de développement local et d’économie sociale, le « Manos a la Obra » ; et, finalement, un concernant le soutien au revenu, le « Plan Familias ».
Le programme JJH est le programme principal de lutte contre la pauvreté du gouvernement argentin. Il existe d’autres programmes, comme le Programa de Mejoramiento de Barrios (Programme d’amélioration des quartiers, PROMEBA). Celui-ci est financé à 60% par la Banque interaméricaine de développement (BID), qui a octroyé un prêt à l’Argentine en 1997, remboursable sur vingt ans, à un taux d’intérêt de 5,95%. Ce programme vise le renforcement de l’organisation communautaire par un accès facilité à la propriété et la construction de l’infrastructure sociale de base dans les communautés les plus pauvres du Grand Buenos Aires (égouts, eau potable, santé, éducation). Au niveau national, le Programme de développement social sur les zones frontalières du nord-est et du nord-ouest (PROSOFA) remplit la même fonction. Avec un budget de 1 094 706,30 pesos en 2002, le plan a amélioré les infrastructures sociales de base dans des communautés de moins de 5000 habitants.
Ces programmes sont largement insuffisants pour contrer les effets de la crise économique argentine. Le problème ne se pose d’ailleurs pas seulement en termes de nombre de pauvres mais aussi de niveau de pauvreté. Des études sur la période 1995-1999 montrent que le déficit de revenus des foyers pauvres de la province de San Luis, par exemple, était en 1995 de 33% par rapport au seuil de pauvreté ; ce déficit avait grimpé en 1999 à 40%. Cette tendance a aussi été enregistrée en Santiago del Estero, Comodoro Ricadavia, Jujuy, Resistencia et la Tierra del Fuego (Paz et Piselli, 2000 : 13). Bref, non seulement il y a plus de pauvres en Argentine, mais ceux qui tombent dans cette catégorie, sont de plus en plus pauvres.