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Note synthèse

  Brésil : Politique nationale

dernière mise à jour : 8 mars 2007


Promesses et espoirs. En octobre 2002, l’élection de Luiz Inácio « Lula » da Silva à la présidence de République sur le thème du « pacte social » semblait annoncer d’importants changements concernant tout autant les bases électorales, que les orientations et les méthodes du gouvernement.

Elu avec 53 millions de voix (20 millions de plus que son adversaire José Serra) et 61,3% des suffrages exprimés, « Lula », -migrant rural du Nord-Est et ouvrier métallurgiste d’origine, leader incontesté du Parti des Travailleurs (PT)2 et principale figure de l’opposition, était érigé en symbole : symbole du triomphe de la gauche progressiste en Amérique latine ; symbole de la consolidation de la démocratie après vingt ans de dictature militaire (1964-1985) et une transition chaotique (1988-1995) ; symbole, surtout, de la réconciliation d’un peuple divisé par les inégalités sociales et régionales.



Promesses et espoirs. En octobre 2002, l’élection de Luiz Inácio « Lula » da Silva à la présidence de République sur le thème du « pacte social » semblait annoncer d’importants changements concernant tout autant les bases électorales, que les orientations et les méthodes du gouvernement.

Elu avec 53 millions de voix (20 millions de plus que son adversaire José Serra) et 61,3% des suffrages exprimés, « Lula », -migrant rural du Nord-Est et ouvrier métallurgiste d’origine, leader incontesté du Parti des Travailleurs (PT)2 et principale figure de l’opposition, était érigé en symbole : symbole du triomphe de la gauche progressiste en Amérique latine ; symbole de la consolidation de la démocratie après vingt ans de dictature militaire (1964-1985) et une transition chaotique (1988-1995) ; symbole, surtout, de la réconciliation d’un peuple divisé par les inégalités sociales et régionales.

Fondé sous la dictature dans un contexte de montée des luttes ouvrières et de développement d’un « syndicalisme rural » qui débouchera sur la création de la Centrale Unitaire des Travailleurs (CUT) et du Mouvement des paysans Sans-Terre (MST), par une alliance d’ouvriers syndicalistes, d’intellectuels trotskystes et de catholiques adhérant aux principes de la théologie de la Libération, le PT a inspiré la relance du mouvement ouvrier et le renforcement du mouvement démocratique au Brésil. Ses expériences locales de gouvernement ont été à l’origine de quelques grandes innovations dans la gestion des collectivités territoriales comptant, notamment, la mise en oeuvre de programmes d’insertion originaux et l’expérience primée du budget participatif à Porto Alegre, ville emblématique de l’administration municipale du PT.

Partagée par des millions de familles émigrées en masse vers São Paulo, poumon industriel et financier du pays, l’origine populaire de « Lula », s’est révélée être une précieuse ressource politique dans une société très inégalitaire où le vote est obligatoire et où les couches à faible revenu représentent l’immense majorité de l’électorat : l’identification individuelle qu’elle a autorisée explique le fort capital de confiance dont a bénéficié le président depuis son élection. A mi-mandat, malgré l’intensification des critiques contre la politique menée par son gouvernement, la côte de popularité personnelle de Lula restait forte (60% au printemps 2005) et sa réélection semblait assurée.

En octobre 2002, d’autres consultations nationales étaient organisées : élections des gouverneurs, des Députés fédéraux et des assemblées législatives des Etats fédérés. Pour la première fois, le Parti des Travailleurs (PT) obtenait un nombre significatif de votes dans toutes les régions du pays, dans des villes de toutes tailles et surtout dans toutes les classes sociales et devenait le premier parti à la Chambre des Députés avec 91 élus et 9 sénateurs. Cette conquête du pouvoir par les urnes représentait la première véritable alternance politique de l’histoire républicaine du Brésil.

Persistance du chômage et assistentialisme. Dans son discours inaugural, Lula promit de s’attaquer au problème de sécurité alimentaire en annonçant la mise sur pied du programme « Faim Zéro » (Fome Zero), principal thème de campagne et porte drapeau médiatique du projet dit de « révolution sociale » détaillé dans son message au Congrès. Il forma un gouvernement d’Union nationale et créa, sur le modèle français, un « Conseil de Développement Economique et Social », organe consultatif formé en majorité de représentants de la société civile chargés d’examiner les grands projets de réforme du nouveau gouvernement. Cependant, les héritages, la vulnérabilité financière, et l’absence de majorité pétiste au Congrès ont réduit ses marges de manœuvre.

Lorsqu’il prit ses fonctions, le 1er janvier 2003, le nouveau président hérita de ce cadre et d’une conjoncture défavorable : dette considérable (57 % du PIB brésilien), taux de base aux effets pervers dévastateurs (25 %), taux de chômage préoccupant (11,5 %), reprise de l’inflation (12 % en 2002), net recul du revenu moyen des Brésiliens (-16,4 % entre août 1999 et décembre 2002). Pour rassurer les marchés, Lula fit le pari d’augmenter la part du budget destiné au paiement de la dette, en plus de maintenir le taux d’intérêt à un niveau relativement élevé.

Explosion du chômage. Il amputa de 10% tous les budgets publics déjà approuvés, réalisant ainsi une économie de plus de 4 milliards de dollars. Cette rigueur a permis en moins de six mois de faire revenir la dette à 52% du PIB, tandis que le real s’appréciait d’environ 20% et que les agences de notation financières ramenaient le « risque pays » de 1 300 à 700 points. La même année, le solde extérieur de la balance commerciale brésilienne s’est élevé à 24,8 milliards de dollars, un record depuis 1980. Le gouvernement a qualifié son action économique d’« ajustement ».

En réalité, c’est une austérité renforcée qui a été imposée aux Brésiliens afin de financer l’excédent primaire : en 2003, le Brésil a dégagé un excédent budgétaire primaire de 5,08% du PIB, dépassant le taux prescrit par le Fonds Monétaire International (4,25%). Si ces résultats lui ont permis de gagner la confiance des investisseurs internationaux et du FMI, elles n’ont toutefois pas contribué à stimuler l’activité économique au pays, ce qui a pour effet immédiat d’exacerber le problème de chômage et de retarder la libération des ressources destinées aux programmes sociaux.

En 2004, la dégradation de l’emploi a été freinée par l’amélioration de la conjoncture. Cependant, le taux de croissance du PIB (4,9% -soit le meilleur résultat depuis 1994, supérieur au résultat anticipé), est resté modeste par comparaison avec la moyenne des pays de l’Amérique latine et des Caraïbes (5,9% d’après la CEPAL). Les principaux facteurs de la croissance furent conjoncturels : réduction temporaire du taux de base bancaire (SELIC) ; excédent commercial record, favorisé par la dépréciation du change en 2002 et le prix des matières premières sur le marché mondial ; expansion du marché intérieur encouragée par des mesures de soutien au crédit, et notamment au micro-crédit à la consommation. L’activité économique a même ralenti en 2005, après un bond en 2004. Conséquence : au second semestre 2005, les grandes entreprises commencent à accumuler des stocks et licencient.

Après coup, on comprend que l’explosion remarquée du chômage en 2002-2003 n’est pas seulement l’effet d’une mauvaise conjoncture : elle tient d’une part à la nécessité, pour les entreprises brésiliennes, de relever les défis de la globalisation et de s’adapter à un monde économiquement de plus en plus ouvert ; elle résulte aussi du type de politique économique austère menée par les gouvernements depuis la mise en place du Plan Real en 1994, fondée sur des taux d’intérêt parmi les plus élevés au monde (entre 12 et 14% en termes réels) qui freinent l’investissement productif, et une pression fiscale croissante (36% en 2004 contre 30% en 1994). Cependant, comme le montre la tendance au ralentissement de la croissance en 2005 après le bond de 2003-2004, ce modèle de développement ne semble pas durable.





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