L’élection de Patricio Aylwin Azócar (1990-1994) a mis fin à 17 ans de régime militaire autoritaire orchestré par le général Augusto Pinochet Ugarte (1973-1990). La Concertation des partis pour la démocratie (CPPD), coalition politique appuyée par divers regroupements de la société civile qui a permis cette victoire, promettait de mettre en place un modèle de « développement basé sur l’équité », c’est-à-dire un modèle de société équitable ».
Ces résultats, la bonne performance économique du gouvernement de Lagos ainsi que la popularité de la candidate socialiste Michelle Bachelet et de Soledad Alvear, candidate sociale-démocrate, laissent croire à la possibilité d’une quatrième victoire pour le CPPD aux élections de décembre 2005.
L’élection de Patricio Aylwin Azócar (1990-1994) a mis fin à 17 ans de régime militaire autoritaire orchestré par le général Augusto Pinochet Ugarte (1973-1990). La Concertation des partis pour la démocratie (CPPD), coalition politique appuyée par divers regroupements de la société civile qui a permis cette victoire, promettait de mettre en place un modèle de « développement basé sur l’équité », c’est-à-dire un modèle de société équitable ».
Le consensus rallié à cette coalition est encore important. En plus d’avoir déjà remporté deux autres élections présidentielles (Eduardo Frei Ruiz-Tagle (1994-2000) et Ricardo Lagos Escobar (2000-2006)), le CPPD continue à avoir des victoires électorales dans un contexte politique de plus en plus démocratique et diversifié. Aux élections du 31 octobre 2004, 85% des électeurs se sont présentés aux bureaux de vote pour élire 345 maires et 2,144 membres des conseils municipaux. Le CPPD, qui regroupe le Parti chrétien-démocrate (PDC), le Parti socialiste, le Parti pour la Démocratie (PPD) et le Parti Radical Social-démocrate (PRSD), a obtenu 44,78% des votes pour les maires et 47.95% des votes pour les membres des conseils municipaux. L’Alliance pour le Chili, qui rassemble l’Union Démocrate Indépendante (UDI) et le Parti de la Rénovation Nationale (PRN), est apparue comme la deuxième force politique du pays avec 38,68% des votes pour les maires et 37,69% des votes pour les membres des conseils municipaux. Finalement, la coalition Ensemble on peut (Juntos podemos), qui regroupe le Parti Communiste (PC) et le parti Humaniste (PH) ainsi que d’autres petits groupes de gauche, a obtenu des résultats inattendus avec 5,91% des votes pour les maires et 9,10% des votes pour les membres des conseils municipaux.
Ces résultats, la bonne performance économique du gouvernement de Lagos ainsi que la popularité de la candidate socialiste Michelle Bachelet et de Soledad Alvear, candidate sociale-démocrate, laissent croire à la possibilité d’une quatrième victoire pour le CPPD aux élections de décembre 2005.
Le gouvernement de Lagos a mis en place en accord avec le Sénat des réformes importantes pour mettre fin à certains aspects de la constitution de 1980 (créée par Pinochet) considérés antidémocratiques par la coalition au pouvoir. En premier lieu, ces accords prévoient l’élimination des sénateurs à vie et assurent que les futurs législateurs seront élus par vote populaire. Deuxièmement, ils assurent au président le pouvoir de démettre de ses fonctions le chef des forces armées et le directeur des carabiniers. De plus, le président Lagos a réussi à faire retirer la loi sur le système électoral binominal de la Constitution pour l’intégrer dans la Loi organique le vote populaire et le compte des votes, ce qui la rend plus facilement modifiable. Finalement, la citoyenneté des enfants des Chiliens nés à l’extérieur a été reconnue.
Depuis 1990, la nécessité de renforcer les instruments institutionnels de planification en matière sociale apparut donc très tôt dans le nouveau gouvernement de Patricio Aylwin et conduisit à la transformation du Bureau de la planification, créé par la loi 16635 du 14 juillet 1967, en Ministère de la planification (MIDEPLAN). MIDEPLAN devait, selon le ministre Sergio Medina, premier titulaire du portefeuille, chercher à "satisfaire le besoin de développement social des secteurs les plus démunis, à travers des mécanismes qui assureraient une distribution plus efficace et équitable des ressources disponibles ". Quant aux relations de travail, le programme du gouvernement Aylwin accordait certaines prérogatives aux syndicats dans la négociation des salaires et des conditions de travail.
Grâce aux changements des quinze dernières années, le Chili se démarque aujourd’hui des autres pays latino-américains par sa stabilité économique, sociale et politique. La population qui vit dans la pauvreté est passée de 39% en 1990 à 20.6% en 2003. En dépit des difficultés économiques éprouvées à cause de la détérioration des termes de l’échange, le Chili a été le premier pays à atteindre le but établi par les objectifs du Millénaire pour le développement des Nations Unies. Ainsi, en 2000, le Chili avait déjà réduit de plus de 56% les niveaux de pauvreté extrême et il était le seul pays latino-américain à avoir réduit le taux de pauvreté total de moitié.
Malgré cela, il y a encore beaucoup de chemin à faire. Le Chili reste l’un des pays qui a la pire distribution de richesse dans la région, en 2000, la tranche des 10% les plus pauvres de la société recevait 1,71% des revenus totaux du pays, tandis que les 10% les plus riches recevaient 40,29%. En 2003, au-delà de la façade du progrès économique, 60% des Chiliens doivent subsister avec moins de 100 mil pesos par mois, la tranche des 20% les plus pauvres de la population reçoit seulement 3,3% des revenus totaux du pays, tandis que celle des 20% les plus riches en reçoivent 62,6%. De plus, la classe moyenne s’appauvrit.
Au Chili et ailleurs, il faut tenir compte des questionnements sur les définitions et les mesures utilisées lors des évaluations des programmes et des politiques sociales. En effet, celles-ci utilisent souvent des critères inadéquats à une vraie compréhension globale des inégalités et de la pauvreté et se basent sur une vision axée sur les canons du monde développé.
L’ampleur des réformes effectuées par les gouvernements démocratiques chiliens en matière de relations du travail fut assez limitée, ce qui expliquerait au moins en partie la chute du taux de syndicalisation entre 1991 (15,3%) et 1998 (11,3%). Le marché du travail au Chili est caractérisé par sa structure dualiste et un fort taux de précarité. Le développement économique du pays est très inégal selon les régions : la région de Santiago est moderne et dynamique, tandis que le reste du pays est relativement sous-développé .
Pendant les gouvernements de Aylwin et Frei le taux de chômage urbain (38,7% de la population habite la région métropolitaine) est passé de 9,2% en 1990 à 7,1% en 1997. De plus, les salaires moyens réels ont augmenté d’un tiers pendant la décennie 1990. Enfin, la croissance du PIB chilien fut la plus forte de la région entre 1991 et 1997, s’établissant à 5,4% (moyenne annuelle) contre 1,8% dans les dix-neuf pays de la région latino-américaine et des caraïbes (CEPAL, 1998 : 14-18) . Ces indicateurs expliquent la diminution constante, pour la période 1990-1996, des taux de pauvreté et d’indigence du pays. Le premier, calculé en fonction du coût d’un panier alimentaire de base, culminait à 33% en 1990 puis a chuté à 28% en 1992, 23% en 1994 et 20% en 1996. Les indigents, définis comme ceux qui ne peuvent pas payer le coût du panier alimentaire de base même en y consacrant 100% de leurs revenus, sont passés de 10% à 4% de la population pendant la même période. (CEPAL, 1998 : 23) .
Selon le Panorama du travail en Amérique Latine de 2004 réalisé par l’Organisation Internationale du travail 2004, le taux de chômage a continué à augmenter jusqu’en 2001 où il a atteint 10,1% ; les années suivantes, il s’est maintenu autour de 9%. Le secteur manufacturier est le plus marqué par le chômage et, en 2004, l’offre du travail et la demande de main d’œuvre ont stagné.
Une partie de la faible performance des indicateurs mentionnés ci-dessus peut être expliquée par la récession économique dans laquelle le Chili est entré en 1998. La croissance du PIB total s’est établie à -0,7% en 1999, tandis que le chômage national est passé de 6,4% à 9,8% entre 1998 et 1999 (9% en 2002) (CEPAL, 2002 : 107 ; 111) . Loin de se circonscrire spécifiquement au Chili, ce contexte de récession correspond à un environnement de faible performance économique dans la région. Cela s’illustre par une fragile augmentation du PIB moyen de l’ensemble de pays latino-américains en 1998 (2,2%) et en 2000 (3,8%), une quasi-absence de croissance en 1999 (0,5%) et en 2001 (0,3%) selon les estimations de la CEPAL (2002, p. 107) .
Les difficultés économiques au Chili sont, sans en aucun doute, en grande partie, les conséquences de l’impact des chocs du marché externe. À compter de l’an 2000, l’économie chilienne a enduré un important ralentissement de sa croissance et en 2002 ce pays a affronté l’environnement externe le plus dur depuis la crise de 1982-1983. En 2003, la hausse du prix du cuivre et un plus grand flux des capitaux ont permis une légère récupération de la croissance, mais celle-ci n’a pas eu d’impact sur le taux de chômage.
Grâce aux termes d’échange favorables et à l’augmentation de la demande internationale de ses produits d’exportation, en 2004, le Chili a enregistré une croissance du PIB de 5,9%, la plus importante depuis 1997.