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Note synthèse

  Royaume-Uni : Politique nationale

dernière mise à jour : 4 septembre 2007


L’ancien ministre des Finances Gordon Brown a été élu chef du Parti travailliste le 24 juin 2007, ce qui le mena au poste de Premier ministre britannique trois jours plus tard. En prenant la tête du Parti travailliste, Brown se trouve dans une situation ambiguë, puisqu’il doit inscrire son action à la fois dans le changement et la continuité. Dans le changement car il devra mettre en échec les Conservateurs qui tentent de le dépeindre comme une relique du passé, tout en se réconciliant quelque peu avec l’électorat qui se situe à la gauche du spectre politique et qui risque de se tourner vers les libéraux-démocrates. Son action devra s’inscrire également dans la continuité car Brown peut difficilement se détacher complètement de l’héritage d’Anthony (Tony) Blair, d’autant plus qu’il est perçu comme l’un des principaux architectes de la troisième voie, celle du nouveau Parti travailliste qui a remporté les élections en 1997.

L’ancien ministre des Finances Gordon Brown a été élu chef du Parti travailliste le 24 juin 2007, ce qui le mena au poste de Premier ministre britannique trois jours plus tard. En prenant la tête du Parti travailliste, Brown se trouve dans une situation ambiguë, puisqu’il doit inscrire son action à la fois dans le changement et la continuité. Dans le changement car il devra mettre en échec les Conservateurs qui tentent de le dépeindre comme une relique du passé, tout en se réconciliant quelque peu avec l’électorat qui se situe à la gauche du spectre politique et qui risque de se tourner vers les libéraux-démocrates. Son action devra s’inscrire également dans la continuité car Brown peut difficilement se détacher complètement de l’héritage d’Anthony (Tony) Blair, d’autant plus qu’il est perçu comme l’un des principaux architectes de la troisième voie, celle du nouveau Parti travailliste qui a remporté les élections en 1997.

La troisième voie. Mise à l’avant-scène de la politique par Bill Clinton et le Democratic Leadership Council, la troisième voie sera celle qu’aura promue un Tony Blair dont les mains étaient beaucoup plus libres en matière de politique que celle de Clinton. Cette troisième voie, défendue par Anthony Giddens, l’auteur de The Third Way : The Renewal of Social Democracy et source d’inspiration reconnue de Tony Blair, recommande le rejet du vieux débat idéologique entre la gauche et la droite qui met en opposition société et individu. Pour les tenants de la troisième voie, le dogmatisme idéologique, que ce soit le socialisme traditionnel du Parti travailliste ou le néolibéralisme thatcheuriste des conservateurs, n’a plus sa place. Le Parti travailliste, sous la gouverne de Blair, cherchera à faire preuve de pragmatisme, se rapprochant du centre du spectre politique.

Cette troisième voie se veut une réponse à la mondialisation et au fait que l’État n’est plus le seul maître de l’économie. Deux leviers sont désormais à privilégier pour améliorer l’économie : hausser les compétences des individus et développer les infrastructures. Au niveau social, les politiques visent à promouvoir certaines valeurs fondamentales. La première de ces valeurs est la considération portée à la communauté, d’où l’accent mis sur la décentralisation. La seconde est l’égalité des chances, basée sur le financement de meilleurs services publics, tels que l’éducation et la santé. Mais cette égalité des chances a un prix qui se reflète dans la troisième valeur : la responsabilisation de l’individu. Les parents sont considérés responsables du comportement et de la réussite de leurs enfants. Les individus ont la responsabilité d’obtenir un emploi ou du moins de travailler afin d’obtenir les compétences nécessaires à la découverte ultérieure d’un emploi. D’ailleurs, pour les tenants de la troisième voie, l’emploi est incontournable dans la lutte contre l’exclusion sociale. Finalement, la dernière valeur souligne l’importance de la reddition de comptes, d’où l’accent mis sur les indicateurs de performance qui permettent d’évaluer les fournisseurs de biens publics.

Mais en fait, est-ce que cette rhétorique, une fois transformée en politiques concrètes, a permis au parti travailliste d’améliorer la société ? On ne peut répondre à cette question qu’en faisant un bilan des politiques mises en œuvre, et des résultats qui leur sont associés, sous l’ère Blair.

L’héritage de Tony Blair. Blair désirait effacer l’image dépensière associée au Parti travailliste et qui lui a valu un rôle d’opposition officielle de 1979 à 1997. Le nouveau slogan du parti mis de l’avant lors des élections de 1997, Investissement et Réforme, laissait entrevoir le projet de Blair : rendre l’État-providence populaire. Telle est l’opinion de Wendy Thomson, aujourd’hui directrice de l’École de service social de l’Université McGill, qui offre un compte rendu de première main de ces années Blair, elle qui a dirigé au 10 Downing Street le Bureau de la réforme de la fonction publique. Selon elle, en quittant ses fonctions après une décennie à Downing Street, Tony Blair laisse un héritage controversé en politique étrangère mais une nation aux politiques économiques et sociales rénovées. Tout en surclassant économiquement la plupart de ses partenaires du G8, la Grande-Bretagne a su préserver un excellent cadre financier grâce aux réformes de la fonction publique et des programmes nationaux visant à améliorer les soins de santé, à combler la disparité des revenus et à réduire la pauvreté infantile. Loin du « mal anglais », les nouveaux travaillistes de Tony Blair laisseraient donc selon elle un héritage positif. Elle relève ses principales réussites. Pour améliorer la qualité des services dans le secteur public, Blair a fait passer de nombreuses réformes, qui faisaient la promotion de la responsabilité pour la prestation des services et qui récompensaient les fonctionnaires qui faisaient preuve d’initiative pour répondre aux besoins de leur clientèle. Il a fait en sorte que les citoyens puissent choisir leurs fournisseurs de services publics en rendant publiques les informations sur la qualité des services qui étaient fournis. D’un autre côté, Blair a mis en place des réformes afin de rendre le travail payant. A cette fin, il a haussé progressivement le salaire minimum qui est passé de 47,6% du revenu médian en 1999 à 53% en 2006, soit £5.35 (11,41 CAD ou 7,88 EUR). Il a également veillé à limiter l’exclusion des jeunes, afin de diminuer le taux de pauvreté infantile. Il a de même mis en place une prime universelle pour les enfants accordées aux parents et instauré le Child trust fund, un fond financé en partie par le gouvernement (la famille peut ajouter également de l’argent dans le compte) qui est réinvestit et peut être utilisé par l’enfant alors qu’il franchit le cap des 18 ans. Finalement, il a mis en œuvre de nombreux programmes pour aider les familles à faibles revenus à subvenir aux besoins de leurs enfants. Résultat : le nombre d’enfants vivant dans la pauvreté est passé de 4,1 millions en 1998 à 3,4 millions en 2006.

Pourtant, cette analyse positive des réalisations de Tony Blair n’est pas partagée par tous. Trois ‘’spécialistes’’ se sont prononcés sur l’héritage de Blair à la tête du Royaume-Uni, recueillis par la BBC. Selon eux, le principale legs que laisse Blair se trouve être sa politique étrangère, qui somme toute fut certainement controversée. En revanche, le redressement économique du Royaume-Uni et la mise en oeuvre de politiques sociales dont le succès, quoique mitigé, semble être positif, seraient impartis à Gordon Brown. En matière de pauvreté infantile, le bilan de Blair est aussi critiqué : s’il est parvenu à réduire sensiblement le nombre d’enfants sous le seuil de la pauvreté, le Royaume-Uni demeure un cancre parmi les pays riches.

Ajoutons également que cette célèbre troisième voie a eu un impact qui ne se limite pas aux changements opérés au sein du Royaume-Uni, l’influence de Blair ayant traversé les frontières. Cette influence se retrouve principalement chez les partis sociaux-démocrates de l’Est de l’Europe, leur ayant servi de repère sur lequel ils pouvaient s’ancrer. Inutile de rappeler que le discours socialiste classique n’était pas particulièrement attirant pour ces derniers. Inversement, son influence fut plus faible sur les partis de gauche de la « vieille Europe ». Il aurait inspiré quatre leaders européens, l’Allemand Gerhard Schroeder, le Suédois Göran Persson, l’Espagnol José Luis Zapatero et la française Ségolène Royal. Au Canada, son influence s’est fait sentir sur des chefs libéraux comme Jean Chrétien et Paul Martin, alors qu’au Québec, il reçut une attention particulière de plusieurs ténors du Parti Québécois, dont Pauline Marois.

Malgré cette influence, il est évident que la troisième voie ne fait pas consensus au Royaume-Uni. Les principaux partis d’opposition ne mâchent guère leurs critiques à l’encontre de la politique travailliste.

Les critiques fusent de la droite… Les Conservateurs espèrent reprendre le pouvoir après une absence de plus de dix ans, relégués sur les sièges de l’opposition. Leur jeune chef, David Cameron a bien l’intention de se positionner vers le centre pour rapprocher le Parti conservateur de l’électorat nécessaire à une victoire aux législatives. Certes, au niveau économique, les conservateurs proposent une diminution d’impôt de l’ordre de 14 milliards de livres sterling, ce qui leur permet de rester connectés avec leur base conservatrice.

Néanmoins, le programme conservateur contient également des éléments susceptibles plaire à l’électorat centriste, notamment le maintien de la qualité des services publics et principalement le réseau national de santé et le système d’éducation.

En outre, Cameron attaque le parti travailliste sur ce qui est selon lui la plaie de la société britannique : la faiblesse sociale. Cette faiblesse entraîne son lot de comportements antisociaux, de problèmes de drogues et de criminalité et des lacunes éducatives. Ses réponses : mettre l’accent sur le développement de la famille pour rendre les parents plus responsables. Il désire d’ailleurs encourager les couples à s’engager dans des unions stables en favorisant financièrement les couples mariés. Il propose notamment un allègement fiscal de 3000₤ pour les couples mariés, financés par une taxe verte sur les voitures et les voyages aériens.

…et de la gauche. Les libéraux-démocrates critiquent également le bilan des travaillistes et proposent un programme résolument plus à gauche que ce dernier. Dans leur plate-forme électorale de 2005, ils proposaient d’éliminer les frais de scolarité, d’introduire des services de santé gratuits pour les personnes âgées, de hausser les pensions pour les personnes âgées de 75 ans et plus, de remplacer le Child Trust Fund par un financement accru de l’éducation permettant de recruter plus de personnel enseignant afin de diminuer les classes et de fournir des soins de santé gratuits pour les personnes âgées et les handicapés. En contrepartie, il désiraient faire en sorte que la classe la plus riche contribue de manière plus significative aux finances publiques, en haussant les taxes pour ceux dont les revenus sont supérieurs à 100 000 ₤ par année.

La réponse de Gordon Brown. En réponse à ces critiques, Gordon Brown arrime sa stratégie à la conservation de l’électorat qui a permis au Labour de demeurer au pouvoir. Il promet que « le New Labour s’ancrera au centre, dans le courant dominant, comme le parti de la réforme ». Pour Brown, l’amélioration de la qualité de vie au Royaume-Uni passe grandement par une hausse de l’emploi. Son objectif est de hausser le taux d’emploi à 80%. A cette fin, il propose d’étendre les programmes favorisant le retour au travail des personnes ayant des déficiences. Il propose également de diminuer le nombre de parents célibataires récipiendaires qui reçoivent le soutien au revenu ; seuls les parents dont les enfants ont moins de 12 ans (7 à partir de 2010) recevront un tel soutien. Pour les autres, ils devront participer à des programmes de réinsertion au travail pour recevoir un soutien financier. Les chercheurs d’emploi devront également prendre plus de responsabilités. Ceux qui sont désavantagés face au marché de l’emploi recevront une aide prioritaire. Ceux qui ont une longue expérience d’assistance étatique auront de plus grandes responsabilités à prendre en échange de leurs prestations.





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